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«De l’aliénation à la libération: pour une élection sans Ali Bongo»

Par Gabonreview - 14/06/2016

Gabonreview

 

Avec la publication du calendrier électoral de l’élection présidentielle du 27 août 2016, une nouvelle phase de notre devenir historique s’offre au peuple gabonais, peut-être la plus importante. En épilogue d’un carnaval politique qui aura duré sept années, le Gabon s’apprête à dire adieu à un demi-siècle d’immobilisme, pour enfin embrasser le temps de sa régénération. Le dépôt des dossiers de candidature, tant attendu par les Gabonais, va être le révélateur qui confirmera si nous sommes bien dans une vraie fausse république ou une fausse vraie dictature. Déjà, les trompettes émergentes emplissent l’espace social du vacarme d’une propagande distillée afin de rendre potable l’imbuvable candidature du Distingué camarade.

Avant tout, il s’impose de tordre le cou à ladite propagande tendancieuse qui voudrait faire croire que l’enjeu de ce scrutin présidentiel se limite au vote populaire, qui lui-même dépendrait du bilan du chef de l’Etat sortant. Rien n’est plus faux ! Ce qui est un en jeu ce sera le niveau de lucidité des Gabonais pour faire barrage, se dresser contre l’éventuelle validation de la candidature d’Ali Bongo Ondimba. Une telle résistance découle du froid constat d’une évidence : constitutionnellement parlant, le Gabon n’a pas de président « comme on l’entend ». Ne pouvant se prévaloir de la Constitution pour l’avoir violé, Ali Bongo Ondimba n’est en somme qu’un président factuel, et comme tel aucun bilan – pharaonique ou famélique – ne saurait l’absoudre ou constituer une dispense, un certificat de virginité le rendant apte à la compétition présidentielle.

Sous la « République aliénée », le « cadavre » de la Constitution

Pour son malheur, les faits sont têtus, il lui sera bien difficile de s’y dérober. Le cas d’Ali Bongo Ondimba se révèle d’une absurdité inouïe dans le genre de l’auto-accusation : avec Alain Foka il s’est fait hara-kiri tout seul, se désignant lui-même à la vindicte constitutionnelle. Si la raison juridique avait gardé tout son sens, une procédure parlementaire de destitution aurait dû être enclenchée toutes affaires cessantes ; l’opposition aurait harcelé l’auteur de cette forfanterie, et le peuple demandé à l’instant sa démission. Mais comme le Gabon est une république aliénée – au sens marxiste du terme – la forfaiture d’Ali Bongo Ondimba, quand elle n’a pas rencontré une quasi indifférence, n’a donné lieu qu’à de molles récriminations. Les PDGistes ont fermé et continuent de fermer les yeux : après tout, le Gabon n’est pas leur affaire.

Dès lors, cette banalisation et l’aliénation qu’elle recouvre par rapport à la perception « normale » qu’on a du Président de la République ont pris des formes affligeantes, consternantes. Aux yeux des uns, c’est-à-dire une meute de charognards vivant uniquement du « cadavre » de la Constitution, à mesure que l’imposture d’Ali Bongo Ondimba se précisait au point de devenir irrécusable, celui-ci grandissait démesurément dans des discours dithyrambiques de plus en plus surréalistes. Dans le camp adverse, brillent ceux qui – leur intention n’est pas en cause – ont dépouillé le crime d’Ali Bongo Ondimba de son caractère sacrilège, en lui trouvant des motivations et des justifications d’un genre douteux. Dans des registres différents, on lui a tressé des circonstances atténuantes.

Ainsi, le Président de la République est présenté comme une aberration de la nature, une erreur politique, un monstre cruel, etc. Sans le savoir, ceux qui tiennent ce discours ont contribué à édulcorer le « mal » qu’Ali Bongo Ondimba fait à ce pays, inconsciemment ils ont œuvré à faire accepter aux Gabonais Ali Bongo Ondimba comme Mal. Car, ourdissant de lui l’image d’un spécimen marginal, une sorte de tératologie rare, un type pathologique asocial, on l’a du coup écarté de la société des hommes, pour l’inscrire dans un imaginaire – celui des fous, des bêtes mythiques, des satyres, des Arsène Lupin, etc. – où les actes d’un homme, fussent-ils les plus abominables, échappent aux lois de ses congénères. On a travaillé ainsi à son impunité, puisque dans aucune société on n’a jamais vu traduire devant des tribunaux des fous ou des personnages de fiction, encore moins des enfants. Quand on ne le ramène pas à la catégorie d’un sous-homme – l’enfant, le « petit-là », la « moitié d’homme » – il est assimilé à un surhomme semblable au « diable », ou réduit à l’irresponsabilité (juridiquement s’entend) d’un enfant-roi. Ce en quoi nous participons – complices malgré nous – de sa volonté de puissance.

Qu’on prenne ces expressions à la lettre ou dans un sens figuré, Ali Bongo Ondimba n’est donc ni un monstre, ni un fou, ni une abomination, ni une erreur, ni « l’improvisation mal intentionnée d’un dieu déficient ». Comme pour chacun de nous, ses actes peuvent s’expliquer par des pulsions humaines – pas toujours exemptes d’aberration – telles que la cupidité, le désir de toute-puissance et autres appétits morbides que la sociologie et la psychologie des régimes dictatoriaux mettent souvent en lumière. Au lieu de jeter sur lui ce voile de protection qui le soustrait, à son avantage, à la constitutionnalité, les adversaires du chef de l’Etat devraient admettre que ce dernier est un homme avec toutes ses facultés, qui sait qu’il viole la Loi, en connaissance de cause et des fins de ses manœuvres criminelles. Et comme tel, il devrait répondre de ses actes devant la justice des hommes, laquelle réserve un régime spécial pour punir ses forfaits. Pourquoi a-t-on laissé faire ?

 


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La nécessité pour l’opposition d’une adaptation à la violence individuelle et institutionnelle

Les Gabonais se reconnaîtraient-ils en lui ? Sociologiquement comme intellectuellement, notre président de la République serait-il représentatif d’une certaine manière d’être gabonais, de ce génie quelquefois malfaisant propre à nombre de fils de ce pays ? On pourrait s’offusquer d’un tel questionnement. Il suffit pourtant de comptabiliser la nombreuse nuée de valetaille agglutinée à sa personne, tous ces Gabonais « entièrement à part » prêts à mourir non pas pour la patrie, mais pour un individu qui a « décapité » la Constitution. Les caravanes funambulesques de ces émergents, sept années durant, ont tout fait pour couvrir d’un voile mensonger la réalité, en vantant la gouvernance du chef de l’Etat, sans jamais procéder à l’inventaire de son bilan constitutionnel. L’essentiel en somme, aura été relégué au dernier plan.

Pour sa part, et à l’instar du peuple, l’opposition est tombée dans une aliénation qu’elle risque de payer cher. Il est incompréhensible que l’opposition ait accompagné sagement le vulgarisateur de « l’Avenir en confiance », alors qu’un faisceau de preuves accablantes, muées progressivement en certitudes, démontraient qu’il avait commis un parjure. Pendant que tous les signes d’un pouvoir en dérive despotique se manifestaient, les opposants ont continué à user d’une logique démocratique face à un régime soucieux de tout, sauf de démocratie et d’Etat de droit. Les acteurs politiques de l’Alternance n’ont pas su s’adapter à la violence individuelle et institutionnelle des émergents, soit que tétanisés par les intimidations, ou trop imprégnés de principes théoriques, ils en ont oublié le principe de réalité. Leurs séduisantes catilinaires n’ont pas beaucoup perturbé le sommeil du tyran, sinon par intermittence.

Par ailleurs, Ali Bongo Ondimba a eu tort de déclarer à Alain Foka que les Gabonais n’étaient pas intéressés par son acte de naissance. Il va être rattrapé aujourd’hui par l’exigence de conformité vis-à-vis de la mère des lois. Comment va-t-il surmonter la contradiction ? Le chef de l’Etat se retrouve, en effet, dans un cercle vicieux, pris en étau. Soit il produit un acte de naissance authentique pour l’élection présente, ce qui accrédite le parjure de 2009 commis avec un faux ; soit il documente son dossier de candidature avec une autre « pièce montée », et tombe pareillement sous le coup de l’inconstitutionnalité. Comment compte-t-il échapper au piège qu’il s’est lui-même grossièrement tendu ?

Car, à l’inverse du coup d’Etat de 2009, favorisé par l’affolement du collège électoral et un contexte général d’impréparation, le scrutin présidentiel du 27 août 2016 ne subira pas d’agression constitutionnelle. Et pour ceux qui redoutent un rôle « anticonstitutionnel » de l’armée – dans la logique anticonstitutionnelle de leur chef suprême –, on rappellera que les forces armées sont censées protéger la Nation des agressions extérieures. Du moment qu’elles se transforment en milice au service exclusif d’un dirigeant contre son peuple, le pacte républicain rompu ouvre la voie aux démons du chaos. L’horizon mondialisé de la justice internationale devrait inspirer un peu de bon sens à ceux qui l’ont perdu sur la route de l’émergence.

Faute d’un héritier digne, l’héritage du Gabon devra être défendu jusqu’au bout

Que font les hommes de Dieu ? L’heure n’a-t-elle pas sonné pour le pouvoir spirituel d’éduquer les populations ? De faire place nette à la vérité ? D’arrêter de jouer les VRP d’Ali Bongo Ondimba ? De cesser d’agiter l’épouvantail d’une paix menacée, de créer artificiellement une atmosphère de psychose paranoïaque propice aux faux prophètes ? Le seul qui fragilise l’équilibre pacifique de notre pays, c’est le chef de l’Etat, lequel illustre à la perfection la pensée de Nietzsche : « En temps de paix l’homme belliqueux se livre la guerre à lui-même ». En conflit perpétuel avec son identité – est-il sérieux à 57 ans de ne pas savoir qui on est ? –, fâché avec le paradigme du droit et de la règle de droit, rétif à toute forme d’altérité, Ali Bongo Ondimba répand autour de lui la violence générée par un passé qui semble le tourmenter. Au lieu de succomber aux tentations temporelles, d’organiser de vaines prières pour une paix dont le fossoyeur est archi connu, chrétiens, mulsumans et traditionnalistes aideraient Ali Bongo Ondimba en lui demandant de s’incliner devant la Loi, comme eux-mêmes s’agenouillent devant Dieu.

Aux côtés des hommes d’église, sont attendus les intellectuels. Leur silence prolongé est inquiétant. La laïcisation excessive des hommes de Dieu, plus affairistes aujourd’hui que bergers éclairés, irait-elle de pair avec le matérialisme sordide de l’intelligentsia gabonaise ? A quelques semaines d’une élection aussi majeure, aucune voix autorisée ne s’est démarquée du côté de l’Université pour fermement condamner les velléités mensongères du candidat du PDG. A l’exemple de ce qui se fait en Occident, par des interventions d’universitaires reconnus dans le New York Times (USA) ou dans le Monde (France), on aimerait lire des tribunes citoyennes – et non pas militantes (pitié !) – de nos gros cerveaux qui font la pluie et le beau temps à l’UOB, l’ENS, Masuku, etc. Il est plus que jamais temps pour « les forces de l’esprit » (François Mitterrand) de châtier l’imposture de la déraison. La voix quelque peu solitaire du Professeur Sylvère Mbondobari, ce courageux compatriote altogovéen, devrait en inspirer plus d’un.

Le philosophe Alain pensait que très souvent ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir ont tendance à en abuser. Par exemple, le policier qui régule la circulation finit par s’imaginer que c’est lui qui fait se mouvoir les voitures, et il n’est pas loin de se croire doté de qualités supérieures à celle des simples citoyens. On peut considérer qu’en refusant farouchement de se plier à l’article 10 de la Constitution, Ali Bongo Ondimba tient le même raisonnement, habité par le sentiment d’une immunité absolue. Pourtant, il ne sera pas dit que les Gabonais subissent à nouveau le diktat d’un individu qui a « déclaré la guerre » à la Constitution – et donc à la Nation – pour se maintenir illégalement au pouvoir. Le sacro-saint droit à la légitime défense justifiera que le peuple gabonais défende la Constitution et ne se laisse pas voler une nouvelle fois sa souveraineté, en laissant concourir Ali Bongo Ondimba à une élection pour laquelle il est constitutionnellement disqualifié.

Notre pays n’est pas l’arrière-boutique de la Corée du Nord, ni une colonie de repeuplement inspirée des mœurs de la jungle, où le lion peut se permettre de briser la nuque à ses proies et s’accaparer toutes les femelles. Le Gabon est un Etat de droit. Un Etat de droit ! Il n’a survécu comme Nation que parce qu’il a toujours su préserver sa Constitution des fantaisies pulsionnelles de ses dirigeants. Le fait que les émergents encensent Ali bongo Ondimba ne fera jamais oublier qu’il s’est présenté en 2009 avec un acte de naissance falsifié. La violation de la Constitution n’est pas un acte anodin qui ferait l’objet de commentaire ou de débat : elle constitue un crime gravissime que l’on a le devoir et l’obligation de punir sévèrement !

L’avenir jugera le peuple gabonais à sa capacité à se mesurer à la grandeur du temps (Louis Aragon), par sa faculté à se montrer digne – dans la barbarie rétrograde – d’un legs immémorial jusqu’ici conservé par le génie gabonais, qui nous recommande « l’usage du courage, de la raison et de la lucidité », comme y invite le Pr Grégoire Biyogo. Faute d’un héritier digne, l’héritage du Gabon devra être défendu jusqu’au bout. S’il faut choisir entre Ali Bongo Ondimba et la Constitution, il faudra invariablement – contre tout l’or du monde, malgré la torture et toutes les formes de chantage professionnel, affectif ou moral – prendre le parti de notre Loi fondamentale. Être authentiquement Gabonais, libre de sa conscience et libéré de toutes les peurs, c’est assumer ce choix non négociable, cette promesse faite aussi bien à nos ancêtres qu’aux générations futures.

L’imposture de 2009 ne se répétera pas !

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