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Démocratie en Afrique : quid du Gabon ?

Par Charles Nestor NKANY - 11/09/2017

Par Charles Nestor NKANY

 

C’est la question que tout citoyen gabonais, soucieux de l’Etat de droit peut se poser sur la réelle situation démocratique de son pays par rapport aux autres Etats africains. Surtout après les récents événements qui ont rythmé la vie politique nationale. On peut citer, entre autres, l’organisation de la présidentielle du 27 août 2016 et la gestion du contentieux électoral par les instances habilitées, les mesures punitives prises par le pouvoir à l’encontre de l’opposition dite radicale.

Quel est le réel état démocratique du Gabon après 27 ans de multipartisme ? De quelles infrastructures politiques et juridiques dispose le pays pour promouvoir une vie démocratique viable depuis le retour au multipartisme en 1990 ? Comment ces infrastructures fonctionnent-elles ? A ces questions, les réactions sont partagées. Pour les tenants du pouvoir, 27 ans de démocratie, ce n’est pas encore suffisant pour juger la maturité de notre jeune démocratie, contrairement aux pays occidentaux, qui eux, ont pris des siècles pour y arriver.

L’opposition pour sa part estime qu’au contraire, plus de deux décennies après, le Gabon aurait déjà pu être un Etat démocratique forgé. Surtout que d’autres pays en Afrique comme le Bénin qui a connu le multipartisme, à la sortie de la conférence nationale en 1990 comme lui est devenu, depuis un pays démocratique, avec de possibilités d’alternance pacifiques intégrées, le dernier exemple en date étant la passation de charges entre l’ancien président, Thomas Bony Yayi, arrivé en fin de mandat, conformément à la constitution, et son successeur, Patrice Talon.

L’exemple kenyan

Saisie par le principal opposant, Raila Odinga, qui contestait la réélection de son rival, le président Uhuru Kenyatta, la cour suprême kenyane a invalidé la présidentielle du 4 août dernier en dénonçant la "négligence" ou le "refus" de la commission électorale, l’IEBC d’organiser des élections conformément à la loi du pays. Un cas d’école sur un continent où la plupart des cours suprêmes sont souvent accusées d’être de simples chambres d’enregistrement en faveur des régimes en place. Le lien est vite fait avec le Gabon où la cour constitutionnelle, malgré un faisceau d’irrégularités dénoncées aussi bien par l’opposition que par les observateurs internationaux, a refusé d’annuler le scrutin du 27 août 2016.

Une opposition "séquestrée"

Interdiction de sortir du pays, de s’exprimer sur les médias publics, et même de manifester pour tous ceux qui refusent de reconnaître la légitimité du régime en place. Ce sont des mesures du gouvernement gabonais contre l’ancien candidat de l’opposition, Jean Ping et sa clique (Ndlr : la mesure a été levée le week-end écoulé). L’opposition elle-même parle d’"une chasse à l’homme" organisée par le pouvoir pour la tenir en bride.

Tandis qu’ailleurs, au Burkina Faso, au Sénégal, pour ne citer que ces deux cas, les manifestations de l’opposition sont souvent tolérées pour mieux laisser s’exprimer la liberté d’opinion. Ce sont des sacrifices de la démocratie auxquels les gouvernements, même les plus policiers n’ont d’autre choix que de consentir, surtout qu’il s’agit des libertés imprescriptibles, consacrées par la constitution.

Des médias publics décriés

L’un des moteurs de la démocratie c’est bel et bien l’indépendance des médias, (médias d’Etat surtout). Comme le dit Eddy Plenel, fondateur de Médiapart, médias et démocratie sont les deux faces d’une même médaille, l’une ne va jamais sans l’autre. Mais les médias ne peuvent servir d’hussards à la démocratie que s’ils sont réellement libres comme devraient l’être les télévisions et radios publiques. Or, les médias publics gabonais sont de plus en plus décriés et réputés pour être de caisses de résonnance du pouvoir.

Qu’il s’agisse des périodes de campagnes électorales ou de périodes dites normales, les médias publics prêtent rarement attention aux discours politiques de l’opposition. Et les ordres viennent souvent des autorités quand ils n’émanent pas directement des responsables desdits médias. L’autocensure ! Où situer le Gabon ?


 

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