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Gabon : vers la fin d’un monde de brut ?

Par Jeune Afrique - 14/11/2017

Touché de plein fouet par la chute des cours de l’or noir, le Gabon s’évertue à diversifier son économie. Si les raisons d’être optimiste sont nombreuses

 

Touché de plein fouet par la chute des cours de l’or noir, le Gabon s’évertue à diversifier son économie. Si les raisons d’être optimiste sont nombreuses, le chemin pour sortir du marasme s’annonce encore long.

Et si le feu d’artifice grandiose tiré le 14 octobre en l’honneur du nouveau terminal d’Owendo inaugurait, plus encore que le port lui-même, le renouveau de l’économie gabonaise ? La célébration, organisée en grande pompe sur les quais flambant neufs, a pu sembler sur le moment un brin démesurée ; mais les occasions de se réjouir se font rares ces derniers temps, dans un Gabon marqué à la fois par un contexte politique incertain – au lendemain des violences postélectorales du mois d’août 2016 – et par une situation économique considérée, au mieux, comme « délicate » par les experts du FMI, actuellement en visite à Libreville.

Depuis deux ans, les chefs d’État de la sous-région n’ont guère eu l’occasion de sabrer le champagne ni de réceptionner des infrastructures de plusieurs centaines de millions d’euros. Le président gabonais, Ali Bongo Ondimba, n’a donc pas boudé son plaisir au moment de couper le ruban et de dévoiler la nouvelle porte maritime du pays, construite pour 276 millions d’euros, sans que l’état n’ait eu à débourser un franc CFA.

Enfin une bonne nouvelle pour le pays qui, la veille, avait vu sa note souveraine dégradée par l’agence de notation Fitch Ratings, pendant que le Conseil des ministres serrait d’un cran supplémentaire la ceinture budgétaire, en adoptant un projet de loi de finances pour 2018 amputé de près de 6 % par rapport à celle de 2017, elle-même déjà en baisse de 5 % comparée à l’exercice précédent.

Détérioration économique
C’est qu’aujourd’hui il n’y a pas de petites économies au Gabon, ni d’ailleurs dans les autres pays de la Cemac, en grande difficulté financière et budgétaire depuis la chute des cours du pétrole en 2014. Même si elle reste moins critique que chez certains voisins, la situation économique gabonaise s’est rapidement détériorée ces dernières années.

Après avoir aligné une croissance moyenne de 6 % entre 2010 et 2013, elle n’a progressé que de 2,1 % en 2016 et ne devrait pas atteindre 1 % cette année. L’investissement public a chuté de deux tiers en vingt-quatre mois pour tomber aujourd’hui à 4 % du PIB. Ce qui n’a pas empêché la dette publique de s’envoler pour frôler les 60 % du PIB selon les dernières prévisions du FMI, contre 31 % en 2013, alors que le déficit budgétaire s’est creusé davantage pour atteindre 6,6 % à la fin de 2016, quand il était d’à peine 4 % un an plus tôt.

Dans un pays où le secteur pétrolier pèse à lui seul plus de 30 % du PIB et 85 % des recettes d’exportation, le gouvernement gabonais a vu disparaître, en quelques mois, près d’un quart de ses revenus. Alors qu’elles représentaient encore 17 % du PIB en 2015, les recettes pétrolières sont tombées à 5 % à la fin de 2016, et ce n’est pas la chute de la production de champs vieillissants enregistrée depuis le début de cette année qui va inverser la tendance.

En douze mois, de la fin de 2015 à la fin de 2016, la marge de manœuvre des autorités gabonaises s’est réduite dans les mêmes proportions que ses réserves financières, passées de 1,7 milliard d’euros à moins de 800 millions, représentant à peine un mois et demi d’importations. Face à une telle dégradation des comptes publics, « il y avait obligation de réagir », estime-t-on du côté de la Banque mondiale.

 


© Droits reservés
Accompagnement du FMI
Alarmés par la situation, la communauté internationale et les bailleurs de fonds se sont réunis au chevet des pays de la Cemac, lors du sommet des chefs d’État de la région, organisé à Yaoundé en décembre 2016. Ils ont d’abord brandi la menace d’une dévaluation du franc CFA, avant que le FMI de Christine Lagarde n’accepte d’accompagner les pays dans leurs nécessaires réformes structurelles, promettant de mener « une action décisive », pour les aider à sortir de la crise.

Six mois plus tard, le 19 juin, le Gabon est le premier pays de la zone à signer un accord avec le Fonds, qui s’engage à lui prêter 642 millions de dollars (573 millions d’euros) sur trois ans, dans le cadre de son mécanisme élargi de crédit (MEDC), avec un premier décaissement immédiat de 98,8 millions de dollars. à l’issue de la première revue de l’accord élargi du 18 octobre au 1er novembre, le FMI devrait procéder à un second décaissement identique avant la fin de décembre.

Les autres institutions financières internationales lui ont vite emboîté le pas. Libreville attend maintenant que le conseil d’administration de la Banque mondiale valide, le 7 novembre, le prêt de 200 millions de dollars par an, accordé pour les années 2017 à 2019, ainsi que la confirmation le 17 novembre, par la BAD cette fois, d’une contribution de 300 millions d’euros qui pourrait commencer à arriver dans les caisses de l’État gabonais dès décembre. À charge pour le gouvernement de respecter la feuille de route qu’il s’est lui-même fixée dans son Plan de relance économique 2017-2019 (PRE).
Confiance

Les bailleurs de fonds n’ont pas donné un blanc-seing aux autorités gabonaises, mais ils leur font suffisamment confiance pour avaliser le calendrier des réformes qu’elles ont défini. Le document poursuit la voie tracée dès 2012 dans le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), vers un après-pétrole. Et c’est peut-être ce qui explique la rapidité de la réaction du Gabon, une fois l’alerte sonnée lors de la réunion organisée avec les bailleurs de la Cemac.

Le plan s’est évidemment adapté au contexte de crise et, pour obtenir le soutien du FMI, le pays n’a pas eu d’autre choix, dans l’immédiat, que de s’engager à remettre de l’ordre dans ses comptes. Pour remplir ses caisses, le gouvernement promet d’élargir l’impôt, de mettre un terme aux exceptions fiscales, de réorganiser les douanes. Pour ralentir le rythme des dépenses, l’État réduira son train de vie et veut tailler dans la fonction publique, dont la masse salariale pesait près de 8,8 % du PIB en 2016.

Urgence de payer les dettes
Pas question de diminuer les salaires, mais plutôt les effectifs, tout en modernisant – par la dématérialisation de certains services, notamment dans la santé – une administration aussi nombreuse qu’inefficace. Pour le Gabon, l’urgence reste pourtant de payer ses dettes. « L’accumulation inhabituelle des arriérés domestiques, qui représentent 7,7 % du PIB aujourd’hui, devient un réel handicap. La vraie question est de savoir si le plan actuel sera suffisant pour réduire les déficits », estime un expert du Fonds.

Le gouvernement assure qu’il réglera ses dettes rubis sur l’ongle avant décembre. Après avoir trouvé un accord, à la fin de 2016, avec la Confédération patronale gabonaise (CPG), le ministère de l’Économie s’est engagé à reverser 100 milliards de F CFA (152 millions d’euros) à ses créanciers locaux d’ici à 2020, dont 87 milliards avant la fin de cette année, au titre du remboursement de la TVA. En plus de redonner un peu d’air au secteur privé local, les autorités gabonaises espèrent également retrouver du crédit auprès des opérateurs étrangers, alors que le flux d’investissements directs étrangers (IDE) a diminué de 30 % ces deux dernières années.

Il y a quelques semaines, faute d’un accord avec les autorités gabonaises, Bouygues Énergies & Services a annoncé la fermeture de sa filiale locale, l’entreprise ne parvenant pas à recouvrir ses créances (9 milliards de F CFA, dont 5 milliards dus par l’État). Un accord a en revanche pu être trouvé à la fin du mois d’octobre par Libreville avec la Société d’eau et d’électricité gabonaise (SEEG), filiale de Veolia, pour le paiement à partir du 30 novembre de 20 millions d’euros sur trois ans.

Appétits du privé
L’enjeu est de taille pour le pays. Faute de moyens, l’État n’a pas vraiment d’autre choix que de s’appuyer sur les appétits du privé pour se doter des infrastructures qu’il ne peut plus financer. Le PRE fait d’ailleurs la part belle aux partenariats public-privé (PPP), en odeur de sainteté à Libreville, depuis l’accord signé en 2010 avec le singapourien Olam. « Une chance pour le pays », répètent en chœur les observateurs. Le géant de l’agrobusiness a déjà investi plus de 2 milliards de dollars au Gabon et pourrait en injecter deux fois plus d’ici à 2022.

Outre la gestion de ses plantations de palmiers à huile et d’hévéas, dont certaines commencent à produire, Olam a construit une usine d’engrais à Port-Gentil ainsi que la première Zone économique spéciale (ZES) de la sous-région et installe, à côté du New Owendo International Port (NOIP), tout juste inauguré, un terminal minéralier, opérationnel depuis 2016. Autant d’outils que va pouvoir utiliser le Gabon pour sortir de sa dépendance au brut et diversifier son économie. « Nous voulons rassurer le secteur privé. Lui montrer qu’il peut venir investir au Gabon, comme le fait Olam », affirme Madeleine Berre, la ministre de la Promotion des investissements privés, dont les services travaillent à la mise en place d’un guichet unique « avant la fin de cette année ».

Avec l’espoir de retrouver un rang décent dans le classement « Doing Business » de la Banque mondiale – 162e en 2017 –, le gouvernement prépare également une révision du code des investissements, ainsi qu’une plus grande clarification dans l’attribution des marchés publics. « L’objectif n’est pas d’imposer, mais de composer avec le secteur privé pour développer les secteurs qui feront fonctionner l’économie et créeront les emplois de demain », reprend la ministre. Comme la ZES de Nkok commence à le faire dans la foresterie.

Relancer l’économie
Le Gabon n’avait pas attendu ce dernier coup de semonce pour comprendre que son âge d’or pétrolier était derrière lui. Ses responsables politiques donneraient presque aujourd’hui l’impression de saisir l’occasion de cette crise pour se débarrasser de certaines lourdeurs et relancer, grâce aux contributions multilatérales, les bonnes idées du Plan stratégique Gabon émergent.

Avec le Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), également mis en place en 2012, le pays dispose du bras financier susceptible de servir de « pompe d’amorçage aux investisseurs », selon l’image de son administrateur-directeur général, Serge Thierry Mickoto. Inspiré des Fonds souverains de Singapour – Temasek (qui détient 52,3 % d’Olam) – et d’Abou Dhabi – Adia –, le FGIS gère 1,8 milliard de dollars, répartis dans une dizaine de secteurs identifiés comme stratégiques.

Revenu de sa surprise et désormais assuré de pouvoir apurer ses comptes, le Gabon dispose des moyens pour relancer son économie. Au moment où il dégradait la note du pays, Fitch lui prédit un taux de croissance de 2,7 % en 2018, puis de 3,6 % l’année suivante.
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